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(En Francés) La Résurrection de Simon Bolivar par Jean Ziegler PDF Imprimir E-Mail
Article paru dans la revue "Afrique Asie" Mai 2006

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Rapporteur spécial des Nations unies pour le Droit à l'alimentation et notamment auteur du livre L'Empire de la Honte. (Ed. Fayard, 2005).
Quiconque  a l'honneur et le plaisir d'être reçu comme ami (le président Chávez dit: « hermano », frere en espagnol) au palais présidentiel de Miraflores, a Caracas, tard la nuit, vit toujours la meme cérémonie. Hugo Chávez ouvre la porte de son bureau privé au premier étage, entraîne le visiteur vers le mur du fond et ouvre une armoire vitrée. Il en extrait une epée légèrement courbe, a la poigne d'argent, posée dans son fourreau de cuir noir, et la met dans les mains du visiteur. De sa voix chaleureuse il dit: «La espada de Bolivar.» (L 'epée de Bolivar.) Ce geste amical recouvre une signification profonde : il témoigne de l'intense attachement du chef de l'Etat vénézuelien a la pensée, la vision historique, au destin de Simon Bolivar.

En Amerique latine, la resurrection de Simón Bolívar, de son rêve de liberté, d'independance, de justice sociale» est en marche.
En 1799, Bolívar, fils d'une fiche famille créole de Caracas, arrive à Paris. Il a seize ans. Les Jacobins, puis les «Egaux» de Gracchus Babeuf, font son éducation. En 1805 à Rome, dégoûte par Ie couronnement de Napoléon et la trahison de la Révolution, il jure de vouer sa vie à la libération de sa patrie.

Une défaite militaire suivra l'autre. Miranda battu en 1812, Caracas, indépendante depuis deux ans, fut repris par les Espagnols. En février 1826, à la tête d'une armée d'esclaves liberés, d'Indios, d'insurges de Caracas -précèdes par les «Llaneros», -les cavaliers intrépides des plaines de I' occident vénézuélien-, Bolivar traversa les Andes. Des cols de 4000 mètres d'altitude perdus dans la glace et la neige. (Hugo Chavez Frías, natif de Barinas, cité au coeur des Llanos, s'identifie tout particulièrement aux Llaneros.) A Boyacan, une petite cité colombienne, Bolívar surprit le corps expéditionnaire espagnol et le détruisit. Rapidement le Pérou, l' Equateur, la Colombie, puis enfin le Vénézuela furent libres.

En 1826, Ie «Liberator» (Libérateur) convoque, à Panama, le Congres continental. Sa proposition: créer une Fédération des Etats latino-américains et caraïbes. Mais les oligarchies créoles locales défendent des intérêts divergents. Echec du Congrès. Guerre entre la Colombie et le Perou. Le Vénézuela entre en sécession et quitte la Grande Colombie. Bolivar lui-meme perd son pouvoir a Bogotá. Désespéré, craignant pour sa vie, il descend se réfugier dans le village de Santa Marta, sur la côte des Caraïbes. Il y meurt solitaire et pauvre le 17 decembre 1830. Seul Pétion, president d'Haïiti, lui était resté fidèle.

Dans un roman splendide (Le general en son labyrinthe) Gabriel Garcia Márquez rend compte du dernier voyage du Libertador.

Aujourd'hui, l'heure de la résurrection a sonné. Partout sur le continent et dans les îles, les forces progressistes et solidaires se saisissent du pouvoir d'Etat. Depuis le 22 janvier, l'Indien aymara Evo Morales gouveme au palacio Quenimada à La Paz, en Bolivie. C'est l'ancien prisonnier politique Kirchner qui réside à la casa Rosada de Buenos Aires, en Argentine. L' ouvrier metallurgiste Luis Ignacio Lula da Silva est président de l'immense Brésil depuis janvier 2003. Ancienne prisonnière torturée par les sbires de Pinochet, fille d'un général loyaliste mort sous la torture, Michelle Bachelet a été élue présidente du Chili cette année. Tabaré Vasquez, président d'Uruguay. Au Perou, un officier nationaliste mène Ie cortège des candidats présidentiels. Au Mexique, Luiz Obrador candidat de la gauche, est le fayori pour la prochaine présidentielle.

George Bush, Cheney, Rumsfeld et leurs tueurs sont occupés en Irak. Des élections enfin libres ont ainsi pu se dérouler en Amerique latine. Plus de 40% des plus de 500 millions d'habitants du sous-continent vivent dans une misere effroyable.

L'instrument principal des societés multinationales privées nord-americaines pour dominer, asservir et exploiter les hommes, les femmes et les ressources latino-americaines est l' Alca (Area de libre comercio de las Americas). Calquée sur le modele de la Zone de libre-echange nord-americaine (Alena) deja existante entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique -et dont les conséquences économiques pour les paysans et ouvriers mexicains sont meurtrieres -, l' Alca devait, selon la volonté de Bush, s'étendre a toute l'Amerique latine et aux Caraïbes. Echec. Les nouvelles forces démocratiques et progressistes au pouvoir au sud de l'isthme centraméricain lui opposent avec succès le Mercosur, l'union douanière des pays du cône Sud qui s'étend graduellement vers le nord.

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Le président vénézuelien, Hugo Chávez. devant le portrait de Simón Bolívar
Les exemples de la renaissance bolivarienne sont nombreux. Je n'en citerai que deux. Le premier est l'operation «Milagros». Vingt-trois mille medecins cubains travaillent au Vénézuela. Ils s'occupent de la santé publique, mais entretiennent également six centres medicaux de pointe où des operations d'une grande complexité, entre autres en ophtalmologie, sont effectuées. Des dizaines de milliers de pauvres -non seulement vénézueliens, mais également colombiens, mexicains, équatoriens -ont déja retrouvé la vue grâce aux soins gratuits et a l'extraordinaire compétence des medecins cubains. En contrepartie, le Vénézuela, sixième producteur de pétrole du monde, a établi la societé "Petrolio Caribe" qui approvisionne en petrole bon marché l'île de Cuba, soumise depuis trentesept ans au blocus nord-americain.

Deuxième exemple. Des son entrée en fonction en janvier 2006 à La Paz, Evo Morales a augmenté de 18% a 50% les redevances des societés multinationales etrangères exploitant le gaz et le petrole des basses terres de Bolivie. La mesure avait éte preparee dans le secret absolu par deux intellectuels de haul niveau: le professeur brésilien Emir Sader et le vice-president bolivien García Linares. Parmi toutes les societés multinationales actives en Bolivie, Petrobras, societé publique brésilienne, est la plus puissante. Des le lendemain de la promulgation du decret de Morales, le président Lula, depuis Brasilia, annonça que Petrobras acceptait l'augmentation car, disait-il, il s'agissait d'une mesure «juste ».

L'annonce de Lula coupa l'herbe sous le pied de toutes les autres societés petrolières et gazieres étrangeres dans le pays. Aucune n'osa se lancer dans une stratégie de contestation, de chantage ou de sabotage. Toutes durent accepter la volonté de Morales.

Peu avant la bataille de Dos Ríos, au centre de Cuba, qui devait lui coûter la vie, José Martí écrivit dans son journal :
« La verdad una vez despierta no vuelve a dormirse jamas. » (La verité, une fois reveillée, ne s'endort jamais plus.)
Le mouvement d'émancipation latino-américain est plus vigoureux chaque jour. Il dépend de la solidarité internationale, et notamment de l'Europe, qu'il devienne invincible.
 
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